De carrossier à développeur Full-Stack : mon parcours atypique
De carrossier à développeur Full-Stack : mon parcours atypique
Je ne suis pas développeur depuis toujours. Pendant 22 ans, j’ai travaillé avec mes mains — carrossier, conseiller pneumatiques, agencement. J’ai appris mon premier métier chez les Compagnons du Devoir, une des formations les plus exigeantes qui soit. Puis, à 40 ans, j’ai tout repris à zéro pour devenir développeur Full-Stack.Ce billet est le premier d’une série sur le développement web — technique, retours d’expérience, opinions. Avant d’aller dans le vif du sujet, il me semblait honnête de vous dire d’où je viens.
22 ans de terrain
Mon parcours professionnel a débuté chez les Compagnons du Devoir. Si vous ne connaissez pas, c’est une organisation de transmission des savoirs fondée au Moyen-Âge, qui forme des artisans par le compagnonnage : des années aux côtés de maîtres, en tournée dans différentes villes, sur des chantiers de plus en plus complexes.Ce n’est pas une formation au sens classique du terme. C’est une philosophie : un travail médiocre n’est pas acceptable, même si personne ne le verra. La qualité n’est pas une question de contrôle externe. C’est une posture intérieure.
Après le compagnonnage, j’ai passé des années chez Euromaster comme conseiller pneumatiques, puis dans l’agencement. Des métiers différents, mais un fil conducteur constant : fabriquer des outils ou des solutions qui simplifient concrètement la vie des gens.
Le déclic
Il n’y a pas eu un seul déclic. Plutôt une accumulation.J’ai toujours été attiré par les systèmes — comprendre comment les choses fonctionnent, identifier ce qui bloque, trouver la solution la plus propre. Dans les métiers manuels, c’est ce qui me plaisait. Le diagnostic d’une carrosserie accidentée, la recherche de la bonne pièce, l’optimisation d’un espace.
Un jour, j’ai commencé à bidouiller. Des petits scripts pour automatiser des tâches répétitives. Des outils maison pour organiser des données. Et j’ai réalisé que le développement, c’était exactement ça — mais avec une portée démultipliée. Un outil qu’on code peut tourner pour des milliers de personnes en même temps.
Le reste est devenu une question de temps.
L’année d’autodidaxie
Avant de m’inscrire dans une formation, j’ai passé un an à apprendre seul. HTML, CSS, JavaScript. Les bases du web. Des dizaines de tutoriels, des projets abandonnés, des bugs incompréhensibles qui se résolvent le lendemain matin sous la douche.Cette année n’était pas du temps perdu. Elle m’a appris quelque chose qu’aucune formation ne peut enseigner directement : comment apprendre à coder. Comment lire un message d’erreur. Comment chercher dans une documentation. Comment décomposer un problème en sous-problèmes.
Quand je suis entré en formation, j’avais déjà cette autonomie. Ce qui m’a permis de me concentrer sur ce qui compte vraiment : les concepts, l’architecture, les bonnes pratiques.
La Wild Code School — CDA en alternance
En 2023, j’ai intégré la Wild Code School en formation Concepteur Développeur d’Applications (RNCP Niveau 6), en alternance. Un an et demi de formation intensive, entre cours et pratique en entreprise.L’alternance a été déterminante. Apprendre le code en salle, c’est une chose. Mettre les mains dans une vraie codebase, avec de vrais utilisateurs et de vraies contraintes de délais, c’en est une autre.
Les deux enseignements les plus précieux de cette période :
1. Le code professionnel ne ressemble pas aux tutoriels. Il y a de la dette technique, des décisions héritées, des contraintes de performance qu’on ne rencontre jamais dans un projet pédagogique. Apprendre à naviguer dans ce contexte est une compétence à part entière.
2. La communication est aussi importante que le code. Expliquer un choix technique à un product owner, estimer un délai de manière réaliste, alerter tôt quand quelque chose ne va pas — ces compétences se construisent sur le terrain, pas dans un cours.
Just Coaching — Premier CDI
Depuis 2024, je suis développeur Full-Stack en CDI chez Just Coaching, à Ancenis. Je travaille sur l’API centrale qui connecte l’ensemble de l’écosystème applicatif : CRM manager, app coach (React Native), app client (Next.js), et module de visioconférence.Stack quotidienne : Node.js, TypeScript, AdonisJS, PostgreSQL, RethinkDB, Docker, Vue.js, React Native, Next.js.
Ce que j’y ai construit m’a confirmé quelque chose : les 22 ans de terrain ne sont pas un détour avant le développement. Ce sont ce qui me permet de comprendre les enjeux métier d’une façon que beaucoup de développeurs juniors n’ont pas encore. Quand je conçois une route API ou que je modélise une base de données, je pense autant aux utilisateurs finaux qu’aux contraintes techniques.
Ce que ce parcours m’a appris sur le code
Trois choses que le compagnonnage m’a données et que j’applique tous les jours dans le développement :La rigueur avant la vitesse. Un apprenti qui va trop vite fait des erreurs qu’il devra défaire. Un développeur qui court vers la solution sans comprendre le problème produit de la dette technique. La réflexion en amont n’est pas de la lenteur — c’est ce qui permet d’aller vite sans casser les choses.
L’humilité face au métier. Chez les Compagnons, peu importe votre niveau, vous rencontrez toujours quelqu’un qui maîtrise quelque chose mieux que vous. En développement, le domaine évolue si vite que cette humilité est une nécessité permanente. J’apprends Java en ce moment — pas parce qu’on me le demande, mais parce que comprendre d’autres paradigmes rend meilleur dans les siens.
La fierté du travail livré. Pas la fierté de la prouesse technique, mais la satisfaction de voir quelque chose fonctionner pour de vrais utilisateurs. Quand j’ai réduit de 37 secondes le temps de réponse d’une route API en production, c’est exactement ce que j’ai ressenti — la même chose qu’un carrossier qui recule de deux pas et voit que la reprise est invisible.
Pourquoi ce blog
Ce blog est un espace pour partager ce que j’apprends et ce que je pratique : des retours d’expérience techniques, des comparatifs de frameworks, des cas concrets tirés du terrain.Pas des tutoriels débutants qu’on trouve partout. Plutôt des articles écrits par quelqu’un qui vient d’ailleurs, qui pose un regard parfois différent sur les choses — et qui pense que la rigueur artisanale et la qualité logicielle ont beaucoup plus en commun qu’il n’y paraît.
Au programme des prochains articles : AdonisJS vs Express, comment j’ai optimisé une API de 40 secondes à moins de 3, mon setup Docker en solo, et beaucoup d’autres sujets.
Bienvenue.
_Vous venez aussi d’un parcours atypique ?